reset · ebook

RESET

Te reconstruire après un coup émotionnel

8 chapitres · la science derrière chaque phase · exercices, exemples et références.

par Jordi Podeschva · EmotionsDev

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Comment utiliser ce livre

Pas besoin de le lire d'une traite ni dans l'ordre. Chaque chapitre est un arrêt. Si tu sais déjà dans quelle phase tu es, va à la tienne, fais son exercice et reviens quand tu en as besoin. Le deuil n'est pas un escalier droit —tu le verras au premier chapitre— donc ce livre non plus.

Dans chaque phase tu trouveras la même chose : où tu es, ce qui se passe à l'intérieur (cerveau, corps et esprit, selon la recherche), des exercices, des exemples et les pièges les plus courants. À la fin tu as les références si tu veux tirer le fil.

Ceci est de la vulgarisation et de l'accompagnement, pas une thérapie ni un diagnostic. Si tu traverses un moment très difficile, cherche de l'aide professionnelle.

Chapitre 1

Comment tu fonctionnes à l'intérieur

Le manuel de base avant de commencer à te réparer.

Commençons par une idée qui change tout : tes émotions ne sont pas une erreur du système. Elles sont le système. Elles sont la façon qu'a ton corps de te dire ce dont tu as besoin, ce qui te protège et ce qui compte pour toi. Une rupture ne « casse » pas une personne saine ; ce qu'elle fait, c'est activer d'un coup, et à plein volume, tous les programmes que tu avais d'origine. Ça fait mal parce que quelque chose comptait. La douleur n'est pas la preuve que tu es mal fait : c'est la preuve que tu étais vivant dans ce lien.

C'est pourquoi cette méthode ne consiste pas à « surmonter » quelqu'un vite, ni à redevenir « celui d'avant ». Elle consiste à comprendre ce qui arrive à ton système quand il plante, pour l'aider à redémarrer mieux. Et pour ça, il vaut mieux d'abord démonter le mythe le plus répandu sur le deuil.

Le deuil n'est pas un escalier

Tu as sûrement entendu parler des « cinq étapes du deuil » (déni, colère, marchandage, dépression, acceptation). Elisabeth Kübler-Ross l'a proposé en observant des malades en phase terminale, et ça s'est tellement popularisé qu'aujourd'hui presque tous croient que le deuil suit cet ordre. Le problème : les preuves ne confirment pas que le deuil suive des étapes fixes ni cet ordre. Les vraies gens avancent et reculent, sautent des étapes, les répètent.

Ce que dit la science

Le modèle qui décrit le mieux ce qui se passe vraiment est le modèle du processus dual de Margaret Stroebe et Henk Schut (1999). Selon eux, guérir n'est pas « passer des étapes » : c'est osciller entre deux modes. Un jour tu es « orienté vers la perte » (tu pleures, tu te souviens, ça fait mal) ; un autre, « orienté vers la restauration » (tu règles la nouvelle vie, tu travailles, tu te distrais). Les deux choses sont saines. Ce qui complique le deuil, ce n'est pas de ressentir beaucoup : c'est de rester coincé dans l'un des deux modes sans pouvoir changer.

Et une autre bonne nouvelle, du psychologue George Bonanno : la réponse la plus courante face à une grande perte n'est pas l'effondrement permanent, mais la résilience. La plupart, avec du temps et du soutien, se rétablissent. Tu n'es pas cassé sans remède ; tu es en processus.

Retiens ceci : si un jour tu vas mieux et le lendemain très mal, tu n'as pas « rechuté » ni mal fait. Tu oscilles, ce qui est exactement la façon de guérir.

Ressentir → nommer → choisir

Tout au long du livre nous utiliserons une séquence simple. D'abord le corps (ce que tu remarques), puis le nom (quelle émotion c'est), puis la décision (ce que j'en fais). Dans cet ordre.

Ce que dit la science

La deuxième étape n'est pas un cliché : mettre une émotion en mots réduit l'activité de l'amygdale, ton centre d'alarme. Matthew Lieberman l'a démontré dans son étude « Putting feelings into words » (2007) ; on le résume par name it to tame it. Et plus tu as de précision pour nommer ce que tu ressens —ce que Lisa Feldman Barrett appelle la granularité émotionnelle— mieux tu le régules et moins ça t'emporte.

Dans ton corps

Les émotions se ressentent physiquement, et presque au même endroit pour tout le monde : dans une étude avec des milliers de personnes (Nummenmaa et al., 2014), les cartes corporelles de chaque émotion coïncidaient entre les cultures. António Damasio les a appelés « marqueurs somatiques » : le corps décide avant la tête, et te prévient par des intuitions.

Un concept du psychiatre Dan Siegel te sera utile, la fenêtre de tolérance : la plage dans laquelle tu peux ressentir sans déborder. Au-dessus tu entres en alarme (anxiété, panique) ; en dessous, en blocage (apathie, brouillard). Une grande partie du travail sera d'apprendre à revenir à ta fenêtre.

Entre le stimulus et la réponse il y a un espace. Dans cet espace se trouve notre pouvoir de choisir notre réponse. Dans notre réponse résident notre croissance et notre liberté.

Viktor Frankl

À retenir

Le deuil n'est pas un escalier, c'est une houle. Tu n'as pas à « passer des étapes » dans l'ordre : tu dois apprendre à ressentir sans te noyer et à te reposer sans fuir. C'est déjà guérir.

Chapitre 2

Phase 0 · L'alerte du « téléphone lent »

Le système commence à défaillir avant l'effondrement.

Avant qu'une relation ne se brise complètement, il y a presque toujours des signes. Comme un téléphone qui commence à ramer bien avant de s'éteindre : il chauffe, les applis rament, la batterie ne tient pas. Il n'est pas cassé, mais quelque chose ne va pas. Dans le couple ça se traduit par des conversations qui se répètent en boucle, une distance qui grandit en silence, une sensation de fond que quelque chose échoue même si tu ne sais pas le nommer.

C'est la phase la plus inconfortable, parce qu'elle exige de regarder ce qu'on préférerait ne pas voir. Et il y a des raisons très humaines —et très étudiées— pour lesquelles on a tendance à détourner le regard.

Pourquoi nous ignorons ce que nous savons déjà

Ce que dit la science

Dissonance cognitive (Leon Festinger, 1957) : quand ce que tu vis entre en conflit avec ce que tu veux croire (« cette personne m'aime »), le cerveau souffre, et pour se calmer il préfère maquiller la réalité plutôt que d'assumer le coût de la changer. C'est pour ça que tu te répètes « ce n'est pas si grave ».

L'attachement (John Bowlby ; et chez les adultes, Hazan et Shaver, 1987) : un lien, même s'il fait mal, active ton système de sécurité. Le lâcher se vit littéralement comme un danger, alors le cerveau minimise les alarmes pour ne pas avoir à lâcher.

Le sophisme des coûts irrécupérables : « ça fait trois ans, je ne vais pas les jeter ». Mais le temps investi ne se récupère pas en restant ; ça ne fait qu'ajouter du temps à l'addition.

Dans ton corps

Les signaux n'arrivent pas d'abord comme des pensées, mais comme du corps : un nœud à l'estomac en voyant un certain message, des épaules qui se tendent avant une conversation, une fatigue bizarre en rentrant à la maison, un soulagement physique quand cette personne n'est pas là. C'est ton système qui signale « il y a quelque chose ici ». Ne le fais pas taire d'emblée : note-le.

Exercice · Le feu tricolore

Prends du papier et fais trois colonnes : 🟢 ce qui fonctionne, 🟡 ce qui me fait douter, 🔴 ce qui me fait mal ou que je ne négocierais pas. Remplis-les sans te censurer, en pensant à la dernière semaine, pas à la meilleure époque. Ce n'est pas pour décider quoi que ce soit aujourd'hui : c'est pour cesser de détourner le regard. Ce qui apparaît en rouge est de l'information, pas du drame.

Exercice · L'inventaire des besoins

Écris tes 5 besoins de base dans un lien (par exemple : respect, réciprocité, calme, désir, liberté). À côté de chacun, note de 0 à 10 à quel point il est comblé. Ne cherche pas un coupable : cherche un diagnostic honnête de comment tu vas dans cette relation.

Exemple

« Chaque fois qu'on retrouvait ses proches, je rentrais plus petit à la maison. » Ce n'est pas un détail sans importance : c'est un signal rouge. Ça ne prouve pas qui a raison ; ça prouve ce qui te fait du bien et ce qui ne t'en fait pas.

Piège fréquent

Confondre intensité et amour. Les hauts et bas forts (« on s'aime à la folie, mais on se dispute à mort ») ne sont pas un signe de passion saine : bien souvent c'est le signe d'un système en alarme constante. Le calme n'est pas de l'ennui ; c'est de la sécurité.

« Je le sentais. Je ne savais pas dire quoi, mais quelque chose en moi prévenait depuis un moment. Et pendant des mois j'ai choisi de ne pas l'écouter, parce que l'écouter signifiait accepter que je devrais faire quelque chose. » — (remplace ceci par ton propre souvenir)

À retenir

Écouter les signaux à temps n'est pas être négatif ni « chercher des problèmes ». C'est du respect pour toi. Parfois tu arrives à temps pour réparer la relation ; parfois, seulement à temps pour te préparer. Les deux comptent.

Chapitre 3

Phase 1 · L'écran noir

L'effondrement : le système s'éteint d'un coup.

La relation se termine et le système s'éteint. Écran noir. Aucune réponse. Ici la douleur est à son maximum et tout semble cassé sans remède. C'est normal de sentir que tu ne pourras plus jamais le rallumer. Mais un écran noir ne signifie pas que l'appareil est mort : ça signifie qu'il a besoin d'un processus pour redémarrer. Dans cette phase, il n'y a rien à réparer. Il y a une seule chose à faire, et c'est la plus difficile : ressentir le coup sans le maquiller.

Pourquoi ça fait si mal, vraiment

Quand quelqu'un te dit « ce n'est qu'une rupture, ça passe », il ne te ment pas tout à fait, mais il lui manque la moitié de l'histoire. Ce que tu ressens a une base physique très réelle.

Ce que dit la science

L'anthropologue Helen Fisher et son équipe ont mis dans un scanner (IRMf) des personnes qui venaient d'être rejetées et étaient encore amoureuses (Fisher et al., Journal of Neurophysiology, 2010). En voyant la photo de leur ex, les mêmes régions du cerveau impliquées dans le désir et l'addiction à la cocaïne s'activaient (dont l'aire tegmentale ventrale). Conclusion : une rupture récente ressemble, au niveau cérébral, à un sevrage. C'est pour ça que tu le cherches, le vérifies, il te manque comme à un accro. Tu n'es pas fou ni faible : tu te désaccroches de quelque chose à quoi ton cerveau était, littéralement, accro.

De plus, le rejet social active des régions de la douleur physique (Eisenberger ; Kross et al., 2011). Le cerveau traite « il m'a quitté » avec une partie de la machinerie de « je me suis fait mal ». C'est pour ça que ça fait mal à la poitrine : ce n'est pas une métaphore.

Dans ton corps

Insomnie ou sommeil haché, manque d'appétit (ou faim de tout), oppression dans la poitrine, pleurs qui viennent tout seuls, mains froides, l'estomac noué. C'est le cortisol et le système de stress qui font leur travail. Pleurer n'est pas une faiblesse : c'est une voie de régulation et, en même temps, un signal social qui demande du soutien. Laisse sortir ; le réprimer ne fait que le repousser.

Le deuil est l'amour qui n'a nulle part où aller.

Dicho recogido por terapeutas del duelo

Exercice · Permission de faire son deuil (rendez-vous quotidien avec la douleur)

Fixe-toi un rendez-vous avec la douleur : 15-20 minutes, un lieu, une heure. Là tu peux pleurer, écrire, regarder des photos, te souvenir, sans frein. Quand l'alarme sonne, tu t'arrêtes et tu fais une petite chose pour toi (une douche, une promenade, de l'eau, appeler quelqu'un). Ce n'est pas réprimer : c'est contenir, donner un lit à la douleur pour qu'elle ne t'inonde pas 24 heures sur 24. C'est, en pratique, l'oscillation saine du modèle du processus dual.

Exercice · La trousse de premiers secours

Prépare aujourd'hui, la tête un peu plus froide, une liste de 5 choses qui te calment, même un peu (une personne à appeler, une chanson, sortir marcher, une série idiote, respirer longuement). Garde-la à portée pour les moments où le cerveau ne peut penser à rien. Décider quand tu vas bien ce que tu feras quand tu iras mal est l'un des outils les plus efficaces qui existent.

Piège fréquent

Le contact « juste pour voir comment il va ». Chaque message réactive le circuit de récompense et relance le sevrage à zéro. Couper n'est pas de la froideur : c'est ce dont ton cerveau a besoin pour se désintoxiquer.

Exemple

Ne t'exige pas d'« être entier » pour aller travailler le lendemain. Tu es en convalescence de quelque chose de réel. Tu prendrais un arrêt après une opération ; ça opère aussi à l'intérieur. Baisse la barre sans culpabilité.

À retenir

Tu n'as pas à allumer l'écran aujourd'hui. Tu dois juste ne pas jeter l'appareil. Reste. L'effondrement n'est pas la fin du processus : c'est le début.

Chapitre 4

Phase 2 · Le service technique

Le diagnostic avant la réparation : comprendre ce qui s'est passé.

Quand le premier coup retombe un peu, arrive la phase de la compréhension. C'est comme apporter le téléphone au service technique : avant de réparer, il faut diagnostiquer. Qu'est-ce qui a exactement échoué ? Qu'est-ce qui dépendait de moi, de l'autre, de la situation ? Le but n'est pas de distribuer les torts —ni à l'autre ni à toi—, mais de comprendre, pour ne pas répéter.

Donner du sens est ce qui referme la blessure

Ce que dit la science

Le psychologue Robert Neimeyer propose que le deuil est, au fond, un processus de reconstruction de sens : la blessure commence à se refermer quand tu réussis à intégrer ce qui s'est passé dans une histoire qui a du sens pour toi. Pas « tourner la page », mais réécrire le chapitre.

Pour ça, un outil avec des décennies de preuves : l'écriture expressive de James Pennebaker. Écrire sur ce qui te remue, environ 15-20 minutes pendant 3 ou 4 jours, sans filtre et sans le montrer à personne, améliore l'humeur et même des marqueurs de santé. Mettre l'expérience en mots l'ordonne et la rend gérable.

Dans ton esprit

Attention à une différence clé étudiée par Susan Nolen-Hoeksema : réfléchir n'est pas la même chose que ruminer. Réfléchir (« qu'est-ce que j'apprends de ça ? ») ouvre et guérit. Ruminer (« pourquoi moi ?, et si j'avais…?, et si je lui écris ? ») tourne en boucle et t'enfonce. Même tête, deux chemins opposés. Si tu remarques que tu tournes en rond sans avancer, tu ne comprends pas : tu rumines.

Exercice · La lettre qu'on n'envoie pas

Écris une lettre à l'autre personne que tu n'enverras jamais. Lâche tout : ce qui a fait mal, ce dont tu es reconnaissant, ce que tu as tu. En terminant, ajoute un paragraphe différent qui commence ainsi : « Ce que ça m'a appris sur ce dont j'ai besoin dans un lien, c'est… ». Cette dernière partie est ton diagnostic, et c'est ce que tu emportes.

Exercice · La frise chronologique honnête

Dessine la relation comme une ligne avec ses hauts et ses bas, mois par mois. Marque les vrais bons moments et les rouges. Ça aide à combattre l'idéalisation : quand ton cerveau ne te vend que le « highlight reel » du bon, tu as le film entier par écrit.

Piège fréquent

Les deux faces de la même pièce : idéaliser (« elle était parfaite, je ne trouverai jamais quelque chose comme ça ») ou diaboliser (« tout était horrible, c'était un monstre »). La vérité vit presque toujours dans les nuances. Un diagnostic honnête est inconfortable, pas confortable.

À retenir

Tu ne cherches pas un coupable : tu cherches le manuel de ta prochaine version. Quand tu pourras raconter ce qui s'est passé sans que ta voix tremble, tu sauras que le diagnostic est fait.

Chapitre 5

Phase 3 · Le reset d'usine

Reconstruction : revenir à toi, pas à qui tu étais.

Le reset d'usine ne te ramène pas à qui tu étais avant la relation : il te ramène à ton essence, mais avec l'expérience déjà intégrée. Reconstruire n'est pas oublier ; c'est réorganiser. C'est la phase de refaire ton quotidien, tes routines et ton identité en dehors du « nous » : renouer avec ce que tu aimes et avec qui tu es quand tu n'es pas en fonction d'une autre personne.

« Je ne sais pas qui je suis sans cette personne »

Cette phrase est l'une des plus répétées après une rupture, et ce n'est pas une exagération romantique : elle a une base scientifique.

Ce que dit la science

Le psychologue Arthur Aron a décrit que les relations proches fonctionnent par auto-expansion : nous incluons littéralement l'autre dans notre concept de « moi ». C'est pour ça que, lors de la rupture, le sentiment d'identité se brouille. La recherche d'Erica Slotter et son équipe (« Who am I without you? », 2010) l'a confirmé : après une rupture, les gens décrivent leur concept de soi comme plus confus et réduit. Reconstruire le « moi » n'est pas un caprice de développement personnel : c'est la tâche centrale de cette phase.

Et voici la meilleure nouvelle du livre : la neuroplasticité. « Les neurones qui s'activent ensemble se connectent » (principe de Hebb) : ton cerveau se reconfigure avec ce que tu répètes. C'est pour ça que l'activation comportementale fonctionne, l'un des piliers du traitement de la dépression : n'attends pas d'avoir envie pour agir ; agis, et l'envie vient après. De petites actions quotidiennes réécrivent le système.

Dans ton corps

Le corps va devant l'esprit dans cette phase. Bouger, voir la lumière du soleil le matin, dormir et manger à des heures régulières n'est pas du développement personnel de magazine : c'est ce qui régule ta chimie pendant que la tête se réajuste. Commence par le physique quand le mental résiste.

Exercice · Trois ancres et une nouvelle

Récupère trois choses que tu aimais et que tu as cessé de faire pendant la relation (une chanson, un lieu, une amitié, un hobby). Et ajoute-en une nouvelle que tu n'as jamais essayée. Planifie-les cette semaine comme si c'étaient des rendez-vous médicaux. Chacune est une ligne de code de ta nouvelle version.

Exercice · La routine minimale de trois

Choisis trois micro-habitudes quotidiennes, si petites qu'il serait ridicule de ne pas les faire : par exemple, faire le lit, sortir 10 minutes et boire un verre d'eau au réveil. Elles ne cherchent pas la « productivité » : elles cherchent à prouver à ton cerveau, jour après jour, que tu peux compter sur toi. L'estime de soi se reconstruit avec des preuves, pas avec des phrases motivantes.

Piège fréquent

Combler le vide trop vite (une autre relation, l'alcool, le travail sans frein, le scroll infini). Anesthésier n'est pas reconstruire : ça ne fait que repousser le reset et, parfois, installe les mêmes schémas dans un nouvel endroit.

Exemple

Revoir cet ami que tu avais laissé filer. Retrouver ta musique. Te cuisiner quelque chose de bon comme si tu en valais la peine (tu en vaux la peine). Ce ne sont pas des distractions : c'est ton identité qui rentre à la maison.

À retenir

Il y aura des jours d'avancée et des jours de rechute, et les deux font partie du processus (tu te souviens de l'oscillation ?). Tu ne recules pas : tu compiles une nouvelle version, ligne par ligne.

Chapitre 6

Phase 4 · La nouvelle mise à jour

Tu ne fonctionnes plus avec l'ancien système.

Il arrive un moment, presque sans t'en rendre compte, où tu ne fonctionnes plus avec l'ancien système. Tu as intégré l'apprentissage et tu fonctionnes avec une version à jour de toi : des limites plus claires, une meilleure lecture des signaux, plus de conscience de ce dont tu as besoin. Ça ne veut pas dire que le souvenir ne fait plus jamais mal ; ça veut dire que la douleur ne dirige plus tes décisions. La blessure est devenue une information utile.

Ça a un nom : la croissance post-traumatique

Ce que dit la science

Les psychologues Richard Tedeschi et Lawrence Calhoun ont décrit la croissance post-traumatique : après une crise, beaucoup de gens ne se contentent pas de se rétablir, mais rapportent des changements profonds dans cinq domaines : des relations plus authentiques, de nouvelles possibilités dans la vie, une plus grande force personnelle, une plus grande appréciation de la vie et, souvent, un changement spirituel ou de valeurs. Important : ça ne glorifie pas la douleur —la douleur reste la douleur et personne ne demande à la traverser—, mais ça reconnaît ce qui peut naître après.

La clé n'est pas ce qui t'est arrivé, mais le récit que tu construis avec. Le psychologue Dan McAdams a étudié comment notre identité est, en réalité, l'histoire qu'on se raconte ; passer d'un récit de « ça m'a détruit » à un de « ça m'a appris » (ce qu'il appelle les séquences de rédemption) réécrit littéralement ton identité vers l'avant.

Dans ton corps

La mise à jour se remarque dans le corps avant la tête : une chanson qui t'enfonçait avant et ne te donne plus qu'un pincement ; voir son nom sur le téléphone sans que le pouls s'emballe. Le corps est un thermomètre honnête de tout ce que tu as intégré.

Exercice · Mes lignes rouges, fermement

Écris tes 3 à 5 limites non négociables pour tes prochains liens, en positif et à la première personne : « J'ai besoin qu'on respecte mes rythmes », « Je ne vis pas avec le mépris », « Je veux de la réciprocité ». Ce ne sont pas des murs pour que personne n'entre : ce sont les fondations sur lesquelles on peut bel et bien construire quelque chose de sain.

Exercice · De ça… à ça

Écris deux colonnes. À gauche, qui tu étais ou ce que tu croyais au début du processus (« je crois que je ne vaux rien si on ne me choisit pas »). À droite, où tu en es maintenant (« ma valeur ne dépend pas du fait que quelqu'un reste »). Le voir par écrit transforme la douleur en biographie, et la biographie en force.

Piège fréquent

Croire qu'« à jour » signifie « invulnérable » ou « plus rien ne m'affecte ». Il ne s'agit pas de te blinder pour ne plus souffrir : il s'agit de savoir mieux te réparer la prochaine fois. Le but n'est pas de ne pas tomber, c'est de savoir se relever.

Exemple

Dire « ça, ce n'est pas pour moi » sans un discours de dix minutes pour le justifier. Cette froideur tranquille —sans culpabilité, sans dispute— est une mise à jour déjà installée.

À retenir

Tu ne reviens pas pareil : tu reviens meilleur. Pas parce qu'on t'a brisé —ça n'a rien de romantique—, mais à cause de ce que tu as fait avec les morceaux.

Chapitre 7

Phase 5 · L'antivirus permanent

Entretien : prendre soin de toi est une habitude, pas une rustine.

Guérir n'est pas un point final, c'est un entretien. Comme un antivirus qui reste actif en arrière-plan : il analyse, protège et prévient avant qu'un vieux schéma n'infecte de nouveau le système. C'est la phase de prendre soin de ce que tu as appris : maintenir tes limites, reconnaître tôt les signaux que tu connais déjà et ne pas remettre ce qu'il t'a tant coûté de récupérer.

Le meilleur antivirus n'est pas la dureté

Ce que dit la science

Contre la rechute, ce qui protège le plus n'est pas l'exigence envers soi, mais l'autocompassion. La chercheuse Kristin Neff la définit par trois composantes : la bienveillance envers toi (au lieu de la critique), l'humanité partagée (tu n'es pas le seul à qui ça arrive) et l'attention pleine au mal-être (ni le réprimer ni le dramatiser). L'exigence cruelle envers soi ne prévient pas les rechutes ; elle les accélère.

Et l'interoception —écouter les signaux internes— est ce qui te permet de t'occuper de toi en « Phase Bêta », bien avant le prochain écran noir. Des programmes de prévention des rechutes basés sur la pleine conscience (MBCT, de Segal, Teasdale et Williams) ont montré qu'ils réduisent nettement les rechutes dépressives justement en entraînant cela : revenir au corps et à la respiration avant que la boule ne grossisse.

Dans ton corps

L'entretien est, en grande partie, physique : dormir, bouger, respirer longuement. Une astuce éprouvée : quand l'expiration dure plus longtemps que l'inspiration, tu actives le « frein » du corps (le système parasympathique). Quand le corps est soigné, le système entier tient beaucoup plus.

Exercice · La revue du dimanche

Une fois par semaine, trois questions et deux minutes : comment est mon énergie de 0 à 10 ? ai-je respecté mes limites cette semaine ? y a-t-il un signal jaune que j'ignore ? C'est la différence entre t'occuper de toi à temps ou attendre l'effondrement.

Exercice · La phrase d'autocompassion

Quand tu te surprends en mode critique (« quel désastre je suis »), essaie ce modèle de Neff : « C'est un moment de souffrance (je le reconnais). La souffrance fait partie d'être humain (je ne suis pas seul là-dedans). Que je puisse me traiter avec bienveillance ». Ça sonne bizarre au début ; ça marche avec la pratique.

Piège fréquent

Confondre entretien avec méfiance ou avec murs. Prendre soin de toi n'est pas te fermer à aimer de nouveau : c'est ne pas t'abandonner à nouveau toi-même pour ne perdre personne.

Exemple

Remarquer tôt que tu t'annules de nouveau pour plaire à quelqu'un, pouvoir te dire « ça, je le connais déjà » — et freiner à temps. C'est, exactement, l'antivirus qui fonctionne.

À retenir

L'entretien n'est pas de la méfiance : c'est du soin de soi. Tu n'attends plus de tomber pour t'occuper de toi. Et ça, au fond, c'est ce que guérir signifie vraiment.

Chapitre 8

Conclusion et références

Une dernière chose avant de fermer le livre.

Si tu es arrivé jusqu'ici, tu as déjà fait le plus difficile : regarder en face quelque chose qui faisait mal. La Méthode RESET ne te promet pas que tu ne retomberas plus —personne ne peut le promettre—. Elle te promet que, la prochaine fois, tu sauras te réinitialiser mieux et plus tôt.

Souviens-toi de l'idée par laquelle nous avons commencé : tes émotions ne sont pas une erreur du système. Elles sont le système. Et un système qui apprend à se lire, à se réparer et à prendre soin de lui n'est pas invulnérable —il ne le sera jamais—; c'est quelque chose de mieux : un système vivant. Tu n'es pas seul là-dedans. C'est à ça que sert le reste d'EmotionsDev, et c'est à ça que servent les personnes qui peuvent vraiment t'accompagner.

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Références

  • Stroebe, M. & Schut, H. (1999). The Dual Process Model of Coping with Bereavement.
  • Bonanno, G. (2009). The Other Side of Sadness (resiliencia ante la pérdida).
  • Fisher, H. et al. (2010). «Reward, Addiction, and Emotion Regulation Systems Associated With Rejection in Love», Journal of Neurophysiology.
  • Kross, E. et al. (2011); Eisenberger, N. — solapamiento entre dolor social y físico.
  • Neimeyer, R. — reconstrucción de significado. · Pennebaker, J. — escritura expresiva. · Nolen-Hoeksema, S. — rumiación.
  • Aron, A. — auto-expansión. · Slotter, E. et al. (2010). «Who Am I Without You?».
  • Tedeschi, R. & Calhoun, L. — crecimiento postraumático. · McAdams, D. — identidad narrativa.
  • Neff, K. — autocompasión. · Segal, Teasdale & Williams — MBCT. · Siegel, D. — ventana de tolerancia.
  • Lieberman, M. (2007). · Damasio, A. · Nummenmaa, L. et al. (2014). · Festinger, L. (1957). · Bowlby, J.; Hazan & Shaver (1987).

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